Le Président de la République a livré devant les notables de Ngazidja, sa première réaction, à la suite de l'Arrêt de la Cour Constitutionnelle.

C'est au Palais de Beit-Salam, dans l'après-midi de ce mardi 11 mai 2010 et devant la notabilité venue de tous les coins de l'Ile de Ngazidja, que le Chef de l'Etat a livré sa première réaction, à la suite de l'arrêt de la Cour Constitutionnelle, dans un discours en langue nationale dont voici la traduction :
Honorable assistance,
Je ne sais quoi dire et quoi ne pas dire car dès lors que j'ai aperçu les visages agréables de cette honorable assistance, venue dans ma résidence, celle du Président de la République, en de pareilles circonstances, j'ai pressenti que vous m'apporteriez de la joie, en me transmettant les bénédictions du pays qui, sans cesse, se répandent sur nous.
Il ya beaucoup à dire. Mais le plus évident aujourd'hui, pour ceux qui ont les yeux et les oreilles ouverts, c'est que ce pays semble avoir bien des ennemis : des gens qui veulent faire fuir tout bienfait de ce pays et qui veulent y semer la discorde.
Il fut un moment où la compétition politique, inévitable, était compréhensible. Mais il reste que les tribunaux qui jugent des divergences politiques, ce sont les urnes qui, dès lors qu'elles ont livré leur verdict, appellent à la soumission.
Chez nous aujourd'hui, les urnes se sont prononcées et certains refusent leur verdict. Ceux qui ont eu le mandat de parler au nom du pays, aussi bien les députés de l'Assemblée de l'Union que les Conseillers des îles, se sont prononcés au moment voulu. Mais il ya des gens qui refusent leur décision. Il s'ensuit, que lorsqu'on cherche à comprendre, on se rend compte que ces gens-là ne souhaitent que du mal pour ce pays. Ils veulent un pouvoir non issu des urnes électorales.
C'est pourquoi je pense que, plus qu'à tout autre moment passé, les fils et les pères de ce pays, ses autorités ainsi que tous ceux qui considèrent ce pays comme le leur, doivent se mobiliser pour ordonner le bien et, en même temps, empêcher le mal.
Ce que vous avez fait aujourd'hui en venant ici, entre dans ce cadre : ordonner le bien. Votre venue a rassuré mon cœur. L'un de vous m'a même recommandé de prendre des vitamines pour fortifier le corps. Il s'est sans doute dit que j'ai quelques soucis et c'est la vérité.
C'est n'est point ce qui a été décidé avant-hier par la Cour Constitutionnelle qui me donne ces soucis même si je n'en suis pas satisfait. Cela ne m'a pas causé du souci, étant donné que je suis un homme de droit respectueux de la légalité. J'ai en effet compris que les décisions de tout organe judiciaire ressemblent à des balles qui, une fois tirées du fusil, ne peuvent revenir en arrière.
Certes, j'aurais souhaité qu'il en soit décidé autrement mais, dès lors que la Cour s'est prononcée, je me soumets à sa décision.
Vous savez que les membres de la Cour Constitutionnelle ont approuvé ce qui est issue du Congrès et ceci revêt une grande importance. Les gens craignaient qu'ils agissent autrement. Ainsi, nous les remercions d'avoir accepté la volonté et le choix des comoriens.
Vous savez également, que ce sont que les membres de la Cour Constitutionnelle qui m'ont fait prêter serment le 26 mai 2006, légalisant ainsi mon investiture en tant que Président.
Avant-hier, ils m'ont de nouveau légitimé en déclarant légale ma présidence jusqu'à la tenue des élections de mon successeur. En cela, je les remercie car ils ont compris qu'il s'agissait du choix des comoriens, fait à l'occasion du référendum et des élections législatives qui ont permis la composition et la tenue du Congrès.
Ainsi la légitimité et la légalité sont intactes. Vous aviez sans doute entendu l'opinion selon laquelle, la Cour allait constater la fin de mon mandat en 2010. Si tel avait été le cas, je me serai néanmoins soumis en tant que légaliste qui n'accepte que le pouvoir légitime et puisqu'il appartient aux seuls membres de cette Cour de légitimer ou non un pouvoir. Mais, Louanges à Allah, ils m'ont légitimé.
Pourquoi alors ne suis-je pas satisfait de leur décision ? C'est qu'en même temps qu'ils légitimaient la conduite de l'Etat par le Président et les Vice-présidents, jusqu'à l'investiture du prochain Président, ils ont restreint les attributions du Président durant la période intérimaire, du 26 mai 2010 au jour de l'investiture, notamment la dissolution de l'Assemblée. Pourquoi ? Dieu seul le sait. D'ailleurs comment allais-je dissoudre une assemblée dont la majorité nous est favorable ?
Ils ont également dit que je ne saurais changer de Gouvernement, ce qui m'a un peu contrarié et que je ne saurais enfin modifier la composition de la Cour Constitutionnelle. Tout cela m'a contrarié mais je ne peux que me soumettre et m'y conformer.
Toutefois, à entendre certains propos, il y en a d'autres qui refusent la décision de ceux qui les ont fait prêter serment et investis dans leur pouvoir. C'est pourquoi, il me semble que ceux qui ne souhaitent pas qu'il y ait une compréhension mutuelle, gage de paix et de stabilité et qui aimeraient au contraire des troubles pour qu'ils soient appelés à ramasser un pouvoir pour lequel, ils n'ont fourni aucun effort et ce, sans passer par les urnes.
Jadis, un adage que je comprends bien aujourd'hui, disait que celui qui est pressé d'avoir un enfant va épouser une femme déjà enceinte. Les récents événements jettent une lumière sur la véracité de cette affirmation.
En tout état de cause, ce que je souhaite vous dire, chers Notables, c'est qu'aujourd'hui vous avez ordonné le bien en venant auprès de moi mais je vous demande également d'empêcher le mal, au nom de Ngazidja et des Comores. Si vous saviez ce que certains des enfants de ce pays ont comme funestes projets, notamment en le soustrayant des pays où règne l'Etat de droit !
Or un pays sans droit n'est pas respecté. Celui dont la constitution n'est pas respectée n'est pas estimé. Mes frères, aujourd'hui toutes les institutions de ce pays sont en place. Mais dans le même temps, certains font appel aux calamités ou font comme si nous étions dans une association. Or nous sommes dans un Etat qui a sa souveraineté et son rang qui le font respecter dans le monde.
Ainsi, je souhaiterais, comme vous êtes venus m'ordonner de pratiquer le bien, autant que faire se peut, de défendre le mal de ceux qui voudraient faire fuir la prospérité, notamment ceux qui veulent apporter le malheur à ce pays ou y faire venir ce qui est mauvais. Je vous demande donc, avec votre sens de l'honneur et dans vos dignes habits de notables, d'aller leur dire que nous souhaitons voir les fruits de ce qui a été semé et recueillir les dividendes de nos efforts, et par la même occasion, les prier de ne pas faire partie de porte-malheurs de ce pays.
Mes frères, si j'ai dit et répété tout cela, ce n'est pas pour que vous me défendiez. Je suis un mortel. Nous sommes des mortels. L'Etat, lui, reste. Or notre Etat est dans l'attente de nombreuses opportunités qui seraient probablement à l'origine des tentatives de déstabilisation.
Je vous informe ainsi qu'hier, la visite d'une délégation qui devait venir du Koweït dans les jours qui viennent a été reporté. Il n'est malheureusement pas exclu, que les échos de certaines radios étrangères aient renvoyé une image effrayante du pays. Des radios de l'intérieur du pays et de l'étranger, font tout pour salir le pays.
Ainsi donc, si quelques uns parmi vous pensent que le Président devrait prendre des vitamines car il a des soucis, c'est la vérité. Mais mon souci, c'est l'image des Comores. Par Allah Tout-Puissant, mon tourment c'est l'image négative que certains veulent donner des Comores, après tous les efforts que j'ai déployés pour changer cette image et la redorer. Ceux qui sont loin de nos réalités, pourraient penser qu'il y a des troubles dans le pays. C'est ce qui me chagrine. Pour le reste, je suis un être humain.
Mes ainées, mes frères, il y a une divergence qui existe aux Comores, entre ceux qui mettent en avant les intérêts de la Nation et ceux qui recherchent leurs propres intérets. Cette confrontation est là. Je remercie Dieu de figurer parmi ceux qui privilégient les intérêts de l'Etat. Je vous remercie de figurer parmi ceux qui pensent que quand le pays gagne, nous gagnons tous, que la prospérité générale est celle de chacun de nous. Les responsabilités au sein de l'Etat ne sont que pour quelques uns.
Ainsi, je vous demanderai une fois encore, de veiller à la sauvegarde de l'image et de la réputation positive de notre pays et de faire parler de ce dernier en bien. Cela est plus important que tout le reste.
Je ne suis pas, pour ma part étonné car je suis un croyant. Or le croyant est sans cesse éprouvé. Je n'en suis pas à ma première épreuve. Mais je vous rappelle que je suis un être humain. J'ai ma famille, mon épouse et mes enfants. Je me réjouis d'entendre que les Comoriens sont satisfaits de ce que nous avons pu faire et des efforts que nous avons déployés. Je me réjouis également de vos propos aimables.
Toutefois, n'oubliez pas que je suis un être humain. Je suis un être humain. Il se peut qu'à un moment donné je me dise que trop c'est trop. Certains voudraient déjà que j'en sois à ce point mais, tant que je serai convaincu que vous êtes avec moi, je compte, avec l'aide de Dieu mener le bateau à bon port.
Le drapeau de la tournante a été utilisé comme la tunique de Othmane : lorsque ce dernier a été assassiné, les semeurs de troubles ont brandit sa tunique ensanglantée, alors qu'en réalité c'est la zizanie qu'ils voulaient répandre. Or je n'ai jamais remis en cause la tournante.
Mes frères, ces deux derniers jours, je me suis demandé : « quel mal ai-je donc fait à ce pays ? Quelle forfaiture ai-je commis dans ce pays ? Qui ai-je lésé ? De que délit suis-je donc coupable au point que certains éprouvent un plaisir et un délice quand ils m'insultent, me raillent et me calomnient ? C'est étrange.
Pourtant je sais que meilleurs que moi ont subi pire que moi. C'est ce qui me donne de la force. Mais tout cela ne devrait pas demeurer ainsi ou avoir notre approbation. Détruire est plus facile que construire. Nous, nous construisons mais, si nous laissons les autres démolir, quand donc s'achèvera la construction ?
C'est pourquoi je vous demande aujourd'hui, avec notre prestige, votre prestance et votre éloquence, de défendre, non pas ma personne, mais le pays. Sachez que si du mal est souhaité pour AHMED ABDALLAH MOHAMED SAMBI, encore plus de mal est voulu pour le pays.
Qu'ai-je donc fait ? Je me suis rendu compte du mal qui rongeait ce pays et que vous m'avez élu pour y remédier. Parmi les maux que j'avais identifiés, il y avait la tenue d'élections, tous les ans, dans un aussi pauvre pays que le nôtre.
En effet, le calendrier avait programmé des élections tous les ans, de 2006 à 2019, hormis l'année 2011. Avais-je le droit de laisser les choses en l'état alors que le Constitution m'autorisait à initier des réformes ? Ai-je mal agi en vous demandant ces réformes ? Je ne le pense pas, d'autant que je ne l'ai pas fait de façon arbitraire mais en consultant les comoriens par référendum, suivant le voies démocratiques. Est-ce là le mal qui a été transformé en arme contre moi ? Notre souci n'a été autre que l'existence d'une constitution de l'Etat et d'institutions respectées.
Si je vous entretiens de tout cela, c'est pour vous confirmer que j'ai en effet des soucis relatifs à l'image de l'Etat. Que certains n'imaginent pas que c'est le pouvoir qui m'importe. Si tel avait été le cas, je vous aurais simplement demandé le renouvellement de mon mandat, sachant que la majorité des Comoriens m'auraient approuvé.
Mais telle n'était pas ma volonté. Je ne souhaitais que l'harmonisation des mandats et des élections. Cela a été transformé en arme pour semer des troubles et faire fuir la prospérité qui a enfin souri à notre pays.
En tout état de cause, je place ma confiance en Dieu en espérant que vos prières et vos bons cœurs nous aideront.
Toutefois, en plus des invocations, ordonnez le bien et empêcher le mal. Si d'aucuns veulent faire du mal, dites leurs de cesser. Vous m'avez remercié tout à l'heure. Je vous remercie à mon tour. Mais si d'autres sont à l'origine de troubles et de zizanies, parlez-leur d'une seule voix. Peut-être que ceux qui disent d'un côté, parler au nom des grands-comoriens ou des Mohéliens ou des anjouanais, vous écouteront-ils. Je vous demande donc de parachever la mission.
Pour ma part, je suis là, en homme respectueux de la légalité. Le droit a parlé. Mes craintes ne se sont pas justifiées, notamment la constatation de la fin du mandat du Président SAMBI, le 26 mai 2010.
Bien au contraire, il a été dit que le Président exerce ses pouvoirs jusqu'à l'investiture du fils de Mwali qui prendra la relève, même avec quelques restrictions qui me contrarient. Mais l'essentiel est que le pouvoir a été légitimé. Le reste vous appartient pour stopper ceux qui veulent détruire, pour que les comoriens, qui ont usé de leur droit de vote, ne se découragent pas demain et ne considèrent pas vain, le recours aux urnes.
Ainsi, ce qu'il faut retenir, c'est que dans la lutte qui existent entre ceux qui veulent du bien pour le pays et ceux qui recherchent leur propres, ces derniers ne sortent pas vainqueurs.
Dans cette lutte, ce sont ceux parmi nous qui privilégient les intérêts de la Nation qui doivent triompher. Dieu fasse que la guerre de la salive se transforme, non pas en guerre tout court mais en débat politique.
Pour terminer, et sans abuser de votre temps, je vous dirai que j'ai été heureux de la venue d'aussi éminentes personnalités telles que vous. Vous savez, que chaque homme, a besoin partout, de ressentir qu'il n'est pas isolé dans ce qu'il accomplit. Vous m'avez aujourd'hui conforté.
Dieu multipliera pour nous les heureuses occasions, jusqu'à ce que nous puissions voir, entendre, toucher du doigt et gouter enfin à notre tour au bien-être et à la prospérité que Dieu nous promis, avec Sa volonté.
Je vous remercie pour votre déplacement et pour vos propos élogieux. Toutefois, je vous demande, une fois encore, de réfléchir à ce que je viens de vous dire et de l'accomplir. Ne vous contentez pas d'ordonner le bien mais interdisez également le mal. Voilà les recommandations de l'Islam.
Que la Paix d'Allah et Sa bénédiction soient sur notre Seigneur Muhammad, à sa pure et noble famille et à ses fidèles compagnons. Qu'Allah vous bénisse.
Source : beit salam